Des enfants autochtones ôtés de leurs familles

Par Chantal Cleary | févr. 26, 2013
Un sous-financement systématique des services d'aide à l'enfance sur les réserves autochtones signifie que les enfants y revivent le cauchemar des pensionnats.

OTTAWA - Un sous-financement systématique des services d'aide à l'enfance sur les réserves autochtones signifie que les enfants y revivent le cauchemar des pensionnats qui a tant fait honte au Canada, soutient le chef national de l'Assemblée des Premières Nations.

Témoignant devant le Tribunal canadien des droits de la personne, lundi, Shawn Atleo a affirmé que plusieurs réserves ne disposaient pas des ressources nécessaires pour assurer la sécurité des enfants dans leur foyer en cas de crise. Ils sont alors transférés plutôt par milliers dans le réseau de la protection de la jeunesse, à l'extérieur du foyer familial.

Les enfants autochtones continuent donc d'être retirés de leur famille — et peut-être en plus grand nombre aujourd'hui qu'à l'époque des pensionnats, a déclaré M. Atleo lors de la première journée d'audiences du Tribunal des droits de la personne sur la question.

C'est un phénomène qui ressemble beaucoup à ce qui se passait pendant la période des pensionnats, a-t-il ajouté en entrevue.

Bien qu'il soit impossible de déterminer le nombre exact d'enfants des Premières Nations transférés dans le réseau institutionnel, l'APN et des experts estiment qu'environ 27 000 enfants autochtones ont été retirés de leur famille immédiate.

Il s'agirait au moins du double d'enfants ayant été forcés de quitter la résidence familiale pour des pensionnats durant les années 40 et 50 — une période difficile qui continue de hanter les familles des Premières Nations.

Le Tribunal canadien des droits de la personne doit déterminer si le gouvernement fédéral a fait preuve de discrimination envers les enfants autochtones dans les services d'aide sociale.

Ces audiences font suite à une saga judiciaire qui dure depuis sept ans: l'APN a intenté en 2007 une poursuite contre Ottawa, plaidant que les services à l'enfance sur les réserves recevaient 22 pour cent de moins de fonds qu'ailleurs au pays, même si les besoins sont beaucoup plus grands.