Mission du Rapporteur spécial de l’ONU au Canada : un autre flagrant cas d’injustice envers les Premières Nations

Par Chantal Cleary | mars 05, 2013
Le 5 mars prochain, la Commission CSSSPNQL, se joindra à des centaines de Canadiens afin d’exprimer ses préoccupations à propos du droit à l’alimentation chez les Premières Nations.

Communiqué

Mission du Rapporteur spécial de l’ONU au Canada : un autre flagrant cas d’injustice envers les Premières Nations

Wendake, lundi le 4 mars 2013  – Le 5 mars prochain, la Commission de la santé et des services sociaux du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), se joindra à des centaines de Canadiens afin d’exprimer ses préoccupations à propos du droit à l’alimentation chez les Premières Nations. Dans le cadre d’un webinaire interactif diffusé à l’échelle nationale, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Monsieur Olivier De Schutter, présentera les résultats de sa mission au Canada au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Lors de sa visite en mai 2012, M. Schutter avait notamment rencontré des représentants des Premières Nations et visité des communautés. Ces visites lui ont permis de prendre conscience du fossé qui sépare les Canadiens des Premières Nations sur le plan socioéconomique. Dans son rapport, M. De Schutter souligne « qu’en raison d’une longue histoire de marginalisation politique et économique, de nombreux peuples autochtones vivent dans la pauvreté, et leurs d’accès à une alimentation suffisante sont biens inférieurs à ceux de la population générale ».

 

La CSSSPNQL, en collaboration avec l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), a remis à M. De Schutter, alors qu’il était en mission au Canada, un rapport sur le phénomène de l’insécurité alimentaire chez les Premières Nations du Québec. Intitulé « Insécurité alimentaire, pauvreté et exclusion sociale : la situation des Premières Nations du Québec », ce rapport fait état des conditions de vie déplorables auxquelles sont confrontées la plupart des Premières Nations. Alors que le Canada se classait au 3e rang mondial pour l’indice de développement humain de l’ONU (IDH) en 2007-2008, les Premières Nations du Canada, quant à elles, occupaient le 68e rang (UNICEF, 2009, p. V). C’est l’équivalent de pays qu’on associe au Tiers-monde. Tous les indicateurs dont nous disposons vont dans le même sens, soit l’existence d’un fossé grandissant sur le plan socioéconomique entre les peuples autochtones et le reste de la population canadienne. Certaines communautés des Premières Nations, au Canada comme au Québec, n’ont toujours pas accès à l’eau potable, à l’électricité, à des logements convenables et autres services essentiels au développement socioéconomique.  

 

Pour ce qui est de l’insécurité alimentaire, 31% des adultes vivants avec des enfants sont dans une situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave. Dans les communautés isolées, cette proportion passe à près de 50% (49,6%).

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Personne ne devrait souffrir de la faim

 

Dans un pays aussi riche que le Canada, l’insécurité alimentaire est une réalité inacceptable et honteuse. En vertu du droit international, le gouvernement du Canada a l’obligation d’assurer le respect du droit à l’alimentation pour tous les Canadiens, y compris les Premières Nations.

 

Le gouvernement du Québec a fait un premier pas en s’engageant à appuyer les Premières Nations en matière de lutte contre la pauvreté, mais, du côté du gouvernement fédéral, des actions concrètes et durables tardent à venir. Il faut que le gouvernement fédéral passe à l’action et adopte une stratégie nationale destinée à contrer la pauvreté et l’exclusion sociale chez les Premières Nations. Faute d’une stratégie et de moyens concrets, les Premières Nations continueront de souffrir de la faim, comme bien d’autres citoyens canadiens.

 

Nous invitons les médias à se joindre à cet événement le 5 mars à midi à nos bureaux.

 

 

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Source :     Chantal Cleary, Agente de communication

                  Commission de la santé et des services sociaux

                  des Premières Nations du Québec et du Labrador        

 

Tél. :          418 842-1540

 

 

 

Veuillez consulter notre site Internet (www.cssspnql.com) pour accéder à la fiche technique intitulée « L’Indice d’insécurité alimentaire chez les Premières Nations : points saillants ».

 


 

FICHE TECHNIQUE

L’Indice d’insécurité alimentaire chez les Premières Nations : points saillants

À l’instar des populations autochtones vivant hors réserve, les communautés Premières Nations du Québec sont confrontées au problème de la faim et de la malnutrition. Les données recueillies lors de la dernière phase de L’Enquête régionale sur la santé des Premières Nations du Québec (2008) nous indiquent que près du quart de la population est confrontée au problème de l’insécurité alimentaire (Graphique 1).  Puisque nous ne disposons pas de données semblables au niveau de la population québécoise, il nous est impossible de faire des comparaisons avec celle-ci. Par contre, il nous est possible de comparer la situation des Premières Nations du Québec avec l’ensemble de la population canadienne. À cet égard, l’insécurité alimentaire chez les Premières Nations du Québec (24,8%) est trois fois plus élevée que chez la population canadienne (8,8%) (ERS, 2008 et Santé Canada, 2007, p.19).

Graphique 1 :

 

En ce qui concerne la répartition du taux d’insécurité alimentaire au sein de la population Première Nation, on remarque que le problème touche plus particulièrement les jeunes adultes au sein des 18-24 ans et des 25-34 ans (Tableau 1).

Tableau 1:

 

Pour ce qui est de la répartition du problème par genre, l’enquête réalisée par la CSSSPNQL démontre que le problème est un peu plus aigu chez les hommes (26,9%) même si la situation demeure tout autant problématique pour les femmes (22,7%) (Tableau 2).

Tableau 2 :

 

La localisation géographique joue un rôle déterminant en ce qui concerne la sécurité alimentaire comme l’indique le Tableau 3. En général, plus une communauté est isolée sur le plan géographique, plus les individus rencontrés risquent d’être confrontés à l’insécurité alimentaire. L’incidence des prix plus élevés en région éloignée explique fort probablement cette situation.

Tableau 3 :

 

 

Les individus vivant dans des ménages comportant des enfants de moins de 18 ans sont davantage touchés par le problème que les individus seuls. Comparativement aux individus vivant au sein de ménages sans enfants (24,8%), les individus de 18 et plus vivant dans un ménage avec enfants  courent un plus grand risque de vivre en situation d’insécurité alimentaire. Près du tiers de cette catégorie de personnes ont connu l’insécurité alimentaire lors de la période visée par l’ERS (2008), soit 31,2% des individus vivant dans un ménage avec enfants. Cette situation n’est guère surprenante lorsqu’on regarde le taux de pauvreté infantile au sein de la population Première Nation. Les jeunes adultes (18-24 ans et 25-34 ans) vivant au sein de ménages avec enfants sont également plus touchés par le problème (Tableau 4).

Graphique 2 :

 

 

Tableau 4 :

 

À l’instar des personnes seules, les hommes vivant dans un ménage avec enfants (33%) sont légèrement plus touchés par l’insécurité alimentaire que les femmes vivant avec des enfants (29,7%) (Tableau 5).

 

Tableau 5 :

 

Si l’insécurité alimentaire affecte plus particulièrement les individus dans les communautés isolées, il en est de même pour les individus vivant dans un ménage avec enfants. Toutes catégories confondues, c’est au sein de ce segment de la population Premières Nations que le taux d’insécurité alimentaire est le plus élevé. Dans les communautés isolées, près de 50% des individus vivant dans un ménage avec enfants souffrent d’insécurité alimentaire. L’insécurité alimentaire grave est particulièrement élevée (38,9%) (Tableau 6).

Tableau 6 :