Deux fois plus de prisonniers autochtones depuis 10 ans

Par Chantal Cleary | mars 07, 2013
L'enquêteur correctionnel du Canada a présenté jeudi son rapport sur l'augmentation de la population carcérale autochtone, laquelle a plus que doublé durant la dernière décennie.

L'enquêteur correctionnel du Canada a présenté jeudi son rapport sur l'augmentation de la population carcérale autochtone, laquelle a plus que doublé durant la dernière décennie.

Le dépôt du rapport spécial de l'enquêteur est un geste rare. Un tel document a été produit qu'une seule autre fois, il y a 20 ans, et il avait mené à l'établissement d'une commission royale d'enquête sur le traitement des femmes emprisonnées. Le vieil établissement carcéral pour femmes de Kingston, en Ontario, avait été fermé par la suite.

Les Autochtones forment environ 4 % de la population totale du Canada, mais selon les plus récents chiffres, ils représentent environ le quart des hommes incarcérés et plus du tiers des femmes incarcérées dans les établissements fédéraux. Dans certains centres correctionnels de l'Ouest du pays, ce nombre passe à 65 %.

De façon générale, les détenus autochtones ont de plus longues peines, passent davantage de temps en isolement, ont moins de chance de bénéficier tôt d'une liberté conditionnelle et sont plus à risque de voir cette liberté révoquée pour des délits mineurs.

Des efforts ont été déployés pour corriger la situation, incluant même des dispositions légales pour permettre aux détenus autochtones de servir leur peine au sein de leurs communautés, sous supervision. Ces outils sont toutefois rarement utilisés.

Jonathan Rudin, un des coauteurs du rapport Par-delà les divisions culturelles : un rapport sur les autochtones et la justice pénale au Canada, déposé par la Commission royale sur les peuples autochtones en 1996, parle d'un manque d'engagement et de ressources de la part du gouvernement et des services correctionnels. Selon lui, le fait d'avoir un programme ne suffit pas; encore faut-il qu'il ait un effet. Sinon, il ne devrait pas être offert, croit l'expert en justice autochtone.

Pour sa part, Shawn Atleo, grand chef de l'Assemblée des Premières Nations, fait valoir qu'il est temps que le système pénal s'arrime avec les communautés autochtones pour réinsérer les repris de justice et prévenir la récidive.