Pour des médecins venus du Nord

Par Le Devoir | avr. 15, 2013
Le chirurgien innu Stanley Vollant, un des huit médecins autochtones du Québec, rencontre des étudiants de prémédecine
En 1996, la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones recommandait la formation de 3000 médecins et de 9000 infirmières pour faire face aux besoins criants des autochtones du Canada en matière de santé.

« Dix-sept ans plus tard, rien n’a changé », constatait mercredi le chirurgien innu Stanley Vollant, devant une classe d’étudiants en prémedecine de l’Université de Montréal.
 
En fait, on compte tout au plus quelque 300 médecins autochtones dans l’ensemble du Canada, dont seulement huit au Québec.

C’est pour cette raison, entre autres, que Stanley Vollant a créé en 2010 un programme de sensibilisation aux Premières Nations, avec la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.
 
Mercredi, il donnait une conférence à quelques mètres du Shaputuan, cette tente amérindienne montée aux portes de l’Université de Montréal pour favoriser les échanges entre les cultures.
 
Changement de mode de vie

Car derrière les taux de diabète affolants, la tuberculose résurgente, les problèmes criants d’obésité, de suicide, d’alcoolisme et de violence qu’on retrouve dans les communautés, il y a une longue histoire douloureuse que le Dr Vollant tente de résumer : Loi sur les Indiens, pensionnats, etc., mais aussi changement radical de mode de vie en peu de temps, qui entraîne son lot de problèmes de santé.

En peu de temps, les autochtones sont passés d’une diète composée à 80 % de protéines et à 20 % de sucres naturels, comme ceux qu’on trouve dans les fruits, à une diète composée à 70 % de carbohydrates, explique-t-il. De plus, les personnes aptes à stocker beaucoup de graisse avaient autrefois plus de facilité à traverser les périodes de famine. La sélection naturelle les aurait donc favorisées par rapport aux autres, ce qui expliquerait en partie les hauts taux d’obésité. Les pensionnats indiens, quant à eux, ont privé des générations d’autochtones de leurs compétences parentales.

En première année de médecine, les étudiants suivront également un cours sur les médecines traditionnelles utilisées par les autochtones.
 
On y apprendra entre autres que l’usage de l’if du Canada pour combattre le cancer a d’abord été découvert par les autochtones. Aujourd’hui, les compagnies pharmaceutiques s’en servent pour produire du taxol, sans que les autochtones perçoivent un sou de leurs profits, relève le Dr Vollant. On apprendra aussi que les glandes périanales du castor, qu’on appelle les testicules de castor, peuvent être utilisées contre les infections pulmonaires ou contre le psoriasis ou les infections cutanées.

Mais c’est chez les autochtones eux-mêmes que le Dr Vollant souhaite par-dessus tout développer le goût de la médecine.

Le 30 avril prochain, il s’embarquera d’ailleurs pour Manawane avec un groupe d’étudiants de différentes facultés — médecine, mais aussi travail social, optométrie, pharmacie, etc. — pour tenir une mini-école dans l’école secondaire de Manawane.
 
Là, des enfants atikamekws pourront jouer avec des stéthoscopes, ou même endosser le sarrau, le temps d’une journée, ou d’une vie.