Les Autochtones, les plus touchés par la pénurie de logements

Par Chantal Cleary | oct. 07, 2013
Logements insalubres, logis surpeuplés, discrimination, les Autochtones demeurent les plus touchés par la pénurie de logements dans la région, selon la Commission populaire itinérante sur le droit au logement.

Abitibi Express.ca, Myriam Grenier

Danik Laporte, du RÉPAT, Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, et Jean-Claude Laporte, du FRAPRU. (Photo: Myriam Grenier)

Cette commission a fait une tournée de la province et recueilli 360 témoignages de locataires et d’organismes pour dresser un portrait de la situation dans un rapport intitulé Urgence en la demeure. Le Regroupement d’éducation populaire de l’Abitibi-Témiscamingue (RÉPAT) et le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ont présenté les résultats à Rouyn-Noranda et Val-d’Or, les 3 et 4 octobre.

On y apprend que la Régie du logement recommandait des hausses annuelles de loyer de moins de 1 pour cent, alors qu’elle a été de 15 pour cent à Rouyn-Noranda en 2012.

«L’étude fait un constat dramatique: il n’y a pas de logements pour l’ensemble des ménages avec un taux d’inoccupation de 0,1 pour cent à Val-d’Or (0,5 pour cent à Amos et 0,6 pour cent à Rouyn-Noranda). Avec cette difficulté à se loger, les gens se sentent obligés de demeurer dans leur logement, peu importe les conditions. Ils ont peur de se faire évincer s’ils font valoir leurs droits, même si les propriétaires ne peuvent pas les mettre dehors sans raison», a mentionné Jean-Claude Laporte, porte-parole du FRAPRU.

La situation demeure plus dramatique pour les Autochtones. «Ils habitent très nombreux dans des logements insalubres et en milieu urbain, ils vivent de la discrimination systématique. Ça devient encore plus difficile pour eux de trouver une place où se loger», a avoué M. Laporte.

Projet Kijaté
 

Cette situation pousse la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or (CAAVD), Édith Cloutier, à remettre à l’avant-plan le projet Kijaté, soit 24 unités de logement social destiné aux Autochtones à Val-d’Or, rejeté par le conseil municipal.

«Dans son non-accueil du projet, la Ville stipulait qu’il était discriminatoire envers les non-autochtones. La Commission des droits de la personne a invalidé cette position, puisque le programme Accès-Logis volet 3 est destiné à une clientèle particulière», a précisé Mme Cloutier.

«Ce n’est pas juste de loger les gens adéquatement, mais d’accompagner les familles pour qu’elles deviennent des citoyens à part entière. Ce projet n’a pas juste l’aspect social et celui de la cohabitation, mais aurait des impacts économiques, avec la construction évaluée à 6 M $. Une famille mieux logée veut aussi dire des enfants mieux préparés pour persévérer à l’école. Les Autochtones ne veulent pas être le problème, mais faire partie de la solution», a indiqué la directrice générale du CAAVD.

«Le projet a été accepté par la Société d’habitation du Québec. Avoir des logements sociaux est une denrée rare. La municipalité devrait tout mettre en œuvre pour que ce projet soit réalisé. J’espère que les candidats à la mairie vont s’engager à respecter cette volonté de la communauté autochtone», a pour sa part lancé Jean-Claude Laporte.