Le Canada, complice de crimes commis envers les enfants Autochtones

Par Voir.ca | juin 16, 2014
C’est au cours de ses recherches sur les politiques alimentaires du Gouvernement du Canada qu’Ian Mosy a découvert l’un des crimes les plus atroces commis envers les peuples autochtones avec la complicité du gouvernement canadien.

Le Canada, complice de crimes commis envers les enfants Autochtones

13 juin 2014 10h31 · Ikram Mecheri

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Archives du Canada

C’est au cours de ses recherches sur les politiques alimentaires du Gouvernement du Canada qu’Ian Mosy, historien, écrivain et professeur adjoint de l’Université de Guelph en Ontario a découvert, un peu par hasard, l’un des crimes les plus atroces commis envers les peuples autochtones avec la complicité du gouvernement canadien.

Nous sommes en 1942, la Deuxième Guerre mondiale fait rage, le commerce de fourrure n’est qu’un souvenir lointain, le peuple autochtone est livré à lui-même.  Chômage et pauvreté, les investissements privés, tout comme les infrastructures gouvernementales sont quasi-inexistants. Les réserves autochtones ont des allures  d’un pays du tiers-monde.

Afin d’étudier les effets de certains suppléments alimentaires, le gouvernement canadien autorise l’envoi d’une horde de chercheurs dans les réserves amérindiennes au Manitoba et en Colombie-Britannique. Le voyage fut organisé par l’Aviation Royale du Canada, la compagnie de Baie d’Hudson, le fond mémorial Milbank ainsi que le ministère des affaires autochtones. Le médecin Percy Moore et le fondateur du supplément pour enfants Pablum, Dr. Frederick Tisdall, furent les  responsables et les instigateurs du projet.

Tel que mentionné dans le document, l’objectif de cette recherche était «d’étudier le niveau de nutrition des «Indiens» à l’aide de nouveaux procédés médicaux». Toutefois, à leur arrivée sur le terrain, avant même de débuter leurs recherches, les spécialistes furent «immédiatement frappés» par l’ampleur de la malnutrition dans les réserves. Les chercheurs ont signalés que :

 «Les conditions étaient déplorables au point que les personnes âgées étaient presque affamées et ne bénéficiaient tout simplement pas suffisamment de nourritures pour les garder en vie encore plus longtemps».

Toutefois, plutôt que de sonner l’alarme au gouvernement et d’envoyer de l’aide en toute urgence aux populations locales, les chercheurs ont décidé que ces amérindiens mal-nourris constituaient la population idéale pour leurs essais médicaux. Les recherches de Mosby révèlent que le consentement des autochtones ne fut jamais obtenu ni même demandé. L’historien avance que ces études ont étés conduites sans que les sujets n’en soient informés.  Pire encore, la plupart des recherches se sont déroulées sur des enfants qui fréquentaient des pensionnant publiques.

Afin d’évaluer l’efficacité de certains suppléments de vitamines, les chercheurs ont divisé les pensionnats autochtones sélectionnés en deux groupes : le premier groupe aurait reçu des suppléments nutritifs et le deuxième groupe, le groupe contrôle qui ne recevait aucun supplément de vitamines.

Non seulement les chercheurs ont consciemment refusé de traiter les enfants mal-nourris, mais ils ont aussi refusé des soins dentaires aux enfants du groupe contrôle en interdisant les groupes de services dentaires autochtones de visiter les écoles afin de «mieux observer les effets de la malnutrition.» L’agence de la santé publique du Canada, qui  fut au courant des conditions inhumaines dans lesquelles ces autochtones étaient soumis n’a jamais questionné l’éthique de telles expérimentations.

A l’école Port Alberni, en Colombie-Britannique, la ration de lait des enfants du groupe contrôle fut diminuée à huit onces par jour alors que le Guide Alimentaire Canadien recommande une quantité deux fois plus grande que celle prescrite. Ces mêmes enfants furent soumis à des diètes qui contenaient moins de 1500 calories par jour, alors que les besoins caloriques des enfants se situent autour de 2500 calories. Les chercheurs ont délibérément coupé dans les rations de nourritures des enfants autochtones dans les pensionnats, et ce, avec la complicité du gouvernement canadien.

Toujours selon l’historien, les conclusions troublantes de ce groupe de chercheurs témoignent des préjudices odieux que ces derniers entretenaient envers  la communauté autochtone.

«Il n’est pas improbable que de nombreuses caractéristiques, telles que l’abattement, l’indolence, l’imprévoyance et l’inertie, tant considérés comme des traits inhérents ou héréditaires dans la race indienne peuvent, à l’origine, être vraiment les manifestations de la malnutrition. En outre, il est fort probable que leur grande sensibilité à de nombreuses maladies, primordiale entre ce qui est de la tuberculose, peuvent être directement attribuables à leur degré élevé de malnutrition résultant d’un manque d’une bonne alimentation.»

Finalement, selon Mosby, cet épisode honteux et infâme de l’histoire canadienne a laissé de graves séquelles psychologiques et physiques auprès des communautés affectées et des enfants soumis à cette exploitation d’une rare atrocité indigne du Canada.

Aujourd’hui

Le 27 mars dernier, le Conseil des académies canadiennes, qui soutient les évaluations scientifiques indépendantes qui forment la base des politiques publiques canadiennes, a publié un rapport de comités d’experts sur la sécurité alimentaire dans le Nord du Canada. Selon ce rapport, la proportion de ménages autochtones qui vivent dans l’insécurité alimentaire est plus du « double de celles des ménages non autochtones.» Plus encore, plus de 70% des enfants Inuits entre l’âge de trois à cinq ans vivent dans des foyers en état d’insécurité alimentaire. Étant donné la complexité du problème, les chercheurs avancent qu’il n’y a pas de solution «miracle» ou unique, mais que le manque d’infrastructures constitue un facteur important. Finalement, toujours selon les chercheurs, l’insécurité alimentaire dans les communautés autochtones situées dans le nord du pays est un problème «urgent» auquel il faut absolument s’y attaquer.

@ikrammecheri