Itinérance : Plus d'autochtones et de plus de 30 ans

Par Chantal Cleary | sept. 04, 2014
Le visage de l'itinérance dans le Plateau évolue. Les sans-abris sont de plus en plus âgés et une plus grande proportion d'autochtones se retrouvent dans cette situation.

Un nombre grandissant d'autochtones sont dans une situation d'itinérance, selon les divers intervenants. La clientèle itinérante est aussi vieillissante. Ces changements se reflètent chez les sans-abris arpentant Le Plateau-Mont-Royal.

 À Vancouver, les itinérants autochtones représentent en moyenne 31 % des gens dans la rue, alors qu'ils sont 2 % de la population urbaine de la région métropolitaine, selon Projets autochtone du Québec (PAQ).

À Montréal, un recensement des sans domicile fixe est en cours en collaboration avec les divers acteurs du milieu. Selon l'organisme d'intervention sociale, Plein milieu, les personnes itinérantes sont plus nomades qu'avant, ce qui complique les estimations tant qu'à leur nombre et origine.

Chez Projet autochtone du Québec (PAC), un organisme d'hébergement et d'aide pour les Premières nations, on observe aussi une augmentation du nombre total d'itinérants issus de ces communautés culturelles.

« L'augmentation de l'itinérance chez ces populations, c'est souvent une conséquence des problèmes d'accès au logement ou à la nourriture dans le Nord, ou ceux-ci sont criants. Ils sont alors plus nombreux à venir en ville. Il y a quatre ans, cette réalité était presqu'inconnue.

« Ce qui est terrible, c'est qu'ici, au PAC, ils se sentent vraiment bien, parce qu'ils sont tellement habitués à être dans une pauvreté accablante »,explique la directrice générale de Projet autochtone du Québec, Adrienne Campbell, elle-même d'origine métisse.

Dans l'arrondissement, les intervenants constatent une plus importante présence de sans-abri originaire des Premières nations.

« Ils dorment au centre-ville, mais remontent dans le Plateau-Mont-Royal pour se reposer. Il y a plus de tolérance ici, probablement, parce que l'arrondissement est plus à gauche et qu'ils sont en moins grande concentration. Je crois que les gens sont plus sensibilisés », mentionne l'intervenante terrain de Plein milieu, Laurence.

Une fois en ville, selon le PAC, ils recherchent ce qu'ils ont laissé derrière, soit le sentiment d'attachement à la communauté. Ils vont ainsi dans les centres d'hébergement leur étant spécifiquement dédiés et demeurent entre eux, même dans la rue.

Des conflits surviennent alors entre les Autochtones, nouveaux dans le quartier et les itinérants de longue date.

« Des fois, il y a des tensions, parce que certaines personnes prennent des spots, ignorant probablement que tel lieu est revendiqué par un autre itinérant. Quand c'est possible, on intervient pour tenter de résoudre les tensions. Nous avons aussi des demandes de plusieurs organismes pour ce service », continue la directrice générale de Plein milieu, Sonya Cormier.

Plus de gens âgés

Alors que l'organisme communautaire Plein milieu s'adressaient à ses débuts principalement aux jeunes, ils ont développé des services pour les plus de 30 ans avec les années, voyant ces besoins grandir. Selon eux, les sans-logis sont de plus en plus âgés dans le quartier.

« Il n'y a pas de centre d'hébergement dédié aux 30 à 50 ans. Nous offrons donc divers services tels l'accès à un ordinateur, des soirées pour se reposer devant la télévision ou cuisiner, pour cette clientèle qui n'a pas d'autres endroits », souligne Mme Lalumière.

Durcissement du ton chez les forces de l'ordre

Les demandes de médiation sociale sont aussi en augmentation, en raison du durcissement du ton chez les policiers, selon Plein milieu. L'absence d'installation sanitaire où les sans-abris pourraient se laver et faire leurs besoins, dans Le Plateau-Mont-Royal, serait en cause. Du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on assure pourtant que tout est mis en œuvre pour intervenir adéquatement et éviter la répression auprès de cette clientèle. « Nous avons une équipe mixte en partenariat avec le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, composée d'un patrouilleur est d'un intervenant social. Elle travaille toutefois surtout avec les cas lourds. Nous avons le rôle ingrat de faire respecter la loi. Si quelqu'un défèque ou urine sur la voie publique, il faut intervenir et parfois émettre un constat d'infraction », indique l'inspecteur en chef du service à la communauté de la région Sud du SPVM, Marc Riopel.

Les 20 ans de Plein Milieu

La mission de l'organisme a bien changé depuis ses débuts, il y a 20 ans, à l'école secondaire Jeanne-Mance. Néanmoins, il tente toujours d'améliorer les conditions et la qualité de vie des jeunes, des toxicomanes et des sans-abris.

« Nous avons des équipes de travailleuses de rue qui vont à la rencontre des gens, que ce soit pour faire de la prévention ou pour accompagner ceux en situation d'itinérance ou de toxicomanie. Elles livrent du courrier ou des messages, accompagnent les gens dans le processus judiciaire, trouvent des vêtements lorsque c'est nécessaire », explique la coordonnatrice clinique depuis plus de sept ans chez Plein milieu, Ann Lalumière.

Pour soutenir Plein milieu afin de l'aider à poursuivre sa mission, faites un don en ligne à : www.pleinmilieu.qc.ca