Femmes autochtones disparues - Une commission interaméricaine demande une enquête nationale

Par Chantal Cleary | janv. 13, 2015
La CIDH recommande qu’Ottawa s’équipe d’un système pour répertorier les statistiques sur les cas de femmes autochtones assassinées ou disparues.

Le fédéral dit non une fois de plus

 

La CIDH recommande qu’Ottawa s’équipe d’un système pour répertorier les statistiques sur les cas de femmes autochtones assassinées ou disparues.


Photo: Jacques Nadeau Le Devoir


Les femmes autochtones du pays sont victimes d’un « schéma de violence et de discrimination » auquel le Canada doit s’attaquer, et ce, en étudiant les causes profondes de ces problèmes à l’échelle nationale, selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme. L’agence continentale est la dernière à enjoindre à Ottawa de tenir une enquête nationale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues. Les groupes autochtones espéraient que ce nouvel appel convaincrait le gouvernement d’obtempérer, mais le fédéral a rapidement dit non une fois de plus.

 

Au terme d’une étude entamée en 2012, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) rappelle que les femmes autochtones représentent 4,3 % de la population canadienne, mais qu’elles ont quatre fois plus de risques que leurs consoeurs d’être portées disparues ou assassinées. Une proportion « particulièrement inquiétante », note le rapport de 125 pages.

 

Pour y répondre, la Commission « appuie fortement » la création d’un plan d’action ou d’une enquête nationale. « L’État doit offrir une réponse nationale coordonnée afin de s’adresser aux facteurs sociaux et économiques qui empêchent les femmes autochtones de profiter de leurs droits sociaux, économiques, culturels, humains et politiques, et dont la violation est une cause profonde de ce haut risque de violence auquel elles font face », conclut le document.

 

Un appel qu’a déjà entendu maintes fois Stephen Harper, que ce soit de la part des partis d’opposition — qui l’ont répété lundi —, des groupes de Premières Nations, de l’ensemble des provinces, ou d’Amnistie internationale et d’autres groupes internationaux.

 

« Il y a maintenant un consensus complet. J’ose espérer que ce consensus complet sera accueilli différemment que lorsqu’un seul groupe faisait de tels commentaires à l’égard du Canada, a réagi la Dre Dawn Harvard, vice-présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada. Ces femmes et ces filles sont volées à leurs familles, volées à leur communauté, et il est temps que quelqu’un prenne cela au sérieux. »

«Il est temps d’agir »

 

Mais ses espoirs auront rapidement été déçus. « Le gouvernement prend la question des crimes contre les femmes et les filles autochtones très au sérieux », a fait valoir le bureau de la ministre de la Condition féminine Kellie Leitch. « Il est temps d’agir, et non pas de mener d’autres études », a-t-on cependant tranché, en rappelant les mesures adoptées en matière de justice criminelle et de sécurité publique.

 

Or, la CIDH argue que « combattre la violence contre les femmes ne suffit pas, à moins de s’adresser également de façon compréhensive aux facteurs sous-jacents de discrimination qui sont à l’origine de cette violence et qui l’exacerbent ». Un constat qu’a soulevé l’Assemblée des Premières Nations. « La police a un rôle important à jouer et doit être responsable et imputable, mais il ne s’agit pas juste de maintenir l’ordre. Il faut aussi qu’il s’agisse de prévention », a affirmé le chef régional Cameron Alexis en réclamant à son tour une enquête nationale.

 

La CIDH recommande par ailleurs qu’Ottawa s’équipe d’un système pour répertorier les statistiques sur les cas de femmes autochtones assassinées ou disparues, « la base pour mettre sur pied toute initiative ». Les politiques et les programmes pour ces femmes devraient être conçus « sur mesure », en les consultant, pour répondre à leurs besoins et préoccupations. Et toute enquête sur un cas rapporté devrait être entamée, terminée et jamais abandonnée en cours de route.