Grossesse : le tabac augmenterait le risque de diabète chez l'enfant

Par Chantal Cleary | févr. 19, 2015
En plus de provoquer des naissances prématurées et des retards de croissance chez l'enfant, le tabac pendant la grossesse favoriserait aussi le développement de diabète à l'âge adulte.

Il multiplierait par trois les risques de mettre au monde un futur diabétique, selon une étude américaine qui a suivi 1.801 filles pendant plus d'un demi-siècle.

Une fois de plus la consommation de cigarettes pendant la grossesse est pointée du doigt... Désormais c'est le diabète qui vient s'ajouter à la liste des maladies auxquelles les femmes enceintes fumeuses exposent leurs enfants. En continuant à fumer pendant sa grossesse, la future mère triplerait les risques que sont enfant soit atteint de diabète une fois adulte. Pour en arriver à ces conclusions, des chercheurs de l'Université de Californie ont suivi l'état de santé de 1.801 filles, pendant plus de 50 ans. Les femmes enceintes ont été recrutées entre 1959 et 1967, au départ pour étudier le cancer du sein, ce qui explique que la cohorte ne soit composée que de filles parmi les enfants. Les résultats sont publiés dans le Journal of Developmental Origins of Health and Disease.

Les femmes ont été choisies avant 1964, date à laquelle les Etats-Unis ont commencé à prendre des mesures pour informer la population sur les méfaits du tabac et "qui ont initié un changement dans l'attitude des fumeurs" explique l'étude. Avant cela, les dangers du tabagisme pendant la grossesse n'étaient que peu connus par les femmes. Parmi la cohorte étudiée, plus de 6% des femmes ont continué à fumer pendant l'intégralité de leur grossesse. Leurs filles, désormais toutes âgées d'une cinquantaine d'années, sont finalement trois fois plus nombreuses à avoir développer un

diabète de type 2

que les filles de non fumeuses. "Nos découvertes sont cohérentes avec l'idée que l'exposition aux produits chimiques durant la grossesse peut contribuer au développement de maladies à l'âge adulte" souligne l'étude.

Le tabac, un facteur indépendant des autres pour le diabète

Pour bien mettre en évidence l'influence du tabac sur l'apparition du diabète, les chercheurs ont souhaité démontrer qu'il jouait un rôle à part entière, indépendamment des autres facteurs de risques du diabète de type 2 (poids, niveau social). "Nous avons découvert que le fait que les parents fument est un risque en soi pour le diabète, indépendamment de l'obésité et du poids à la naissance" ajoute l'étude. Donc "si vos parents fumaient, ce n'est parce que vous êtes maigre que vous êtes protégé du diabète" souligne Michele La Merrill, auteur principal de l'étude.

En entrant dans le sang du fœtus, via la mère, le tabac augmenterait la résistance à l'insuline et l'intolérance au glucose. "Cette découverte est biologiquement plausible, car il a été prouvé que l'exposition prénatale à la nicotine dégrade irréversiblement les cellules du pancréas (responsables de la sécrétion d'insuline ndlr)" indique l'étude. L'influence de

l'exposition passive

de la mère à la fumée (à travers un conjoint fumeur par exemple) a aussi été évaluée, mais les résultats fournissent "des preuves insuffisantes" pour établir un lien direct avec le développement de diabète à l'âge adulte.

L'étude est-elle biaisée ?

Si les résultats de cette étude montrent clairement une différence de prévalence du diabète entre les filles de fumeuses et de non fumeuses, des zones d'ombres subsistent... Dans la cohorte étudiée, 6,4% des femmes ont développé un diabète à l'âge adulte, beaucoup moins que dans l'ensemble de la population féminine du même âge (1), où ce taux grimpe à 15%... Comment expliquer une telle différence ? Les chercheurs californiens se défendent en expliquant qu'ils n'ont pu faire de prises de sang qu'à 20% des filles étudiées, pour certifier la présence ou non de la maladie (2). Selon l'équipe de recherche, donc, si les prises de sang avaient toutes été faites correctement, le nombre de filles diagnostiquées diabétiques serait encore plus élevé.

Autre explication à cette différence : la cohorte évaluée ne serait pas représentative de la population générale. En effet, parmi les femmes étudiées peu étaient obèses et la majorité venait d'un milieu social plutôt élevé. Leurs filles avaient donc, dès la naissance, moins de risque a priori de devenir diabétiques que le reste des Américaines. Malgré ces biais évidents, les chercheurs expliquent que ceux-ci ne changeraient en rien les conclusions de leurs travaux. "Tout biais dans la classification de nos cas de diabète voudrait probablement dire que nos estimations de risques, signalées ici, seraient en réalité plus petites qu'à taille réelle" concluent-ils.

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(1) Femmes de 45 à 64 ans, vivant aux Etats-Unis, recensées entre 2007 et 2010
(2) Les 80% restantes ont seulement déclaré aux chercheurs si elles étaient atteintes ou non de diabète de type 2 en se basant sur le diagnostic de leur propre médecin, mais sans qu'une analyse sanguine ne soit réalisée en aval par l'équipe de recherche.

Source :

The impact of prenatal parental tobacco smoking on risk of diabetes mellitus in middle-aged women

. M. Le Merrill et al. Journal of Developmental Origins of Health and Disease, février 2015. DOI:10.1017/S2040174415000045