Le rapport de la CVR recommande une commission d'enquête sur la disparition et l'assassinat de femmes autochtones

Par Chantal Cleary | juin 03, 2015
Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada recommande la tenue d’une commission d’enquête sur la disparition et l’assassinat de femmes et jeunes filles autochtones.
Charles-A. Gagnon | AGENCE QMIOTTAWA – Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada recommande la tenue d’une commission d’enquête sur la disparition et l’assassinat de femmes et jeunes filles autochtones, une requête qu’a refusée à plusieurs reprises déjà le gouvernement Harper.

Les 94 recommandations principales de la Commission contenues dans son rapport qui a été dévoilé mardi matin à Ottawa font suite à l’examen au cours des dernières années des pensionnats indiens qui ont été en place pendant 150 ans au Canada dans le but, essentiellement, d’assimiler les enfants autochtones.

Ces jeunes, quelque 150 000, ont été enlevés de leur famille. Plusieurs ont été victimes de violence sexuelle et ont subi divers sévices.

Le rapport de la commission présidée par le juge Murray Sinclair indique que l’agression contre l’identité autochtone commençait habituellement au moment où l’enfant entrait dans l’institution.

«On leur coupe les tresses (ayant habituellement une signification spirituelle), on leur donne un uniforme scolaire en échange de leurs vêtements traditionnels fabriqués à la main, on remplace leur nom autochtone par un nom euro-canadien (et un numéro)»

Le gouvernement a commencé à mettre un terme à ces institutions dans les années 1970 et le dernier pensionnat a été fermé en 1996. Il y en avait 139, dont une dizaine au Québec.

Pas plus tard que lundi, le président national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, disait qu’il serait difficile d’avoir une réconciliation sans commission d’enquête sur les femmes et filles autochtones tuées ou disparues.

«Trois quarts des Canadiens veulent cette commission. Le dossier ici en est un de violence dans nos communautés. C’est devenu monnaie courante», a justifié le chef Bellegarde.

Lundi aux Communes, le ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, a réaffirmé «l’engagement de notre gouvernement de promouvoir la réconciliation avec les Autochtones touchés par le régime des pensionnats indiens, et de l’atteinte de l’objectif visant à favoriser la guérison, la réconciliation et le règlement du triste héritage laissé par le régime des pensionnats indiens au Canada».

Le rapport du président Sinclair fait aussi plusieurs recommandations pour que les fonctionnaires, les enseignants, les avocats et les professionnels de la santé de partout au pays reçoivent une formation appropriée sur la culture autochtone et sur l’histoire et les séquelles des pensionnats.

La Commission demande aussi à Ottawa ainsi qu’aux gouvernements provinciaux, territoriaux et des Premières Nations de s’engager à éliminer au cours de la prochaine décennie la surreprésentation des jeunes Autochtones en détention.

Le rapport propose aussi que soit abrogé l’article 43 du Code criminel du Canada qui permet à un parent ou un instituteur «à employer la force pour corriger un élève ou un enfant».

«Nous demandons au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituels, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique», a en outre recommandé la Commission.

Le rapport rappelle aussi que les garçons et les filles, ainsi que les frères et sœurs, étaient séparés. La visite des parents était découragée.

La Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2007 a stipulé que 1,9 milliard $ devait être réservée pour dédommager les anciens élèves des pensionnats dans le cadre d'un recours collectif.