Vérité et réconciliation : Ottawa examine les recommandations de la Commission

Par Chantal Cleary | juin 03, 2015
Le premier ministre Stephen Harper a indiqué que son gouvernement prendra le temps d'examiner le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (CVR).
Par Charles-A. Gagnon | Agence QMI

Le premier ministre Stephen Harper a indiqué que son gouvernement prendra le temps d'examiner le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) du Canada publié mardi avant de déterminer quelles recommandations seront mises de l'avant.

«Nous poursuivons des actions précises depuis longtemps dans ce dossier, notamment dans le plus récent budget avec des initiatives en emploi, en développement économique, en éducation et en santé», a précisé M. Harper aux Communes.

La Commission dirigée par le juge Murray Sinclair a entendu au cours des six dernières années les déclarations de plus de 6750 survivants et témoins des pensionnats indiens qui ont été en place pendant 150 ans au Canada dans le but, essentiellement, d'assimiler les enfants autochtones.

Ces jeunes, quelque 150 000, ont été enlevés de leur famille. Plusieurs ont été victimes de violence sexuelle et ont subi divers sévices.

De nombreuses personnes ont qualifié les pensionnats comme une tentative de «génocide culturel», dont la juge en chef du Canada, Beverley McLachlin.

 

Plusieurs recommandations

 

La CVR a fait 94 recommandations, dont la tenue d'une commission d'enquête sur la disparition et l'assassinat de femmes et jeunes filles autochtones, une requête qui a à nouveau été refusée mardi par le gouvernement Harper.

Parmi les autres recommandations, il y a, entre autres, la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et un engagement des gouvernements provinciaux, territoriaux et des Premières Nations à éliminer au cours de la prochaine décennie la surreprésentation des jeunes Autochtones en détention. Le rapport recommande aussi que plusieurs professionnels, comme les fonctionnaires, les enseignants
et les avocats, reçoivent une formation appropriée sur la culture autochtone et sur l'histoire et les séquelles des pensionnats.

Les 94 recommandations constituent la première étape pour redresser le tort historique des pensionnats indiens et faire progresser le processus de réconciliation, selon le juge Sinclair.

«La réconciliation repose sur la reconstruction de la culture autochtone et sur la préservation des langues et des cérémonies que les pensionnats ont tenté de faire disparaître», a de son côté ajouté la Dre Marie Wilson, une des trois commissaires de la CVR.

Le gouvernement a commencé à mettre un terme à ces institutions dans les années 1970 et le dernier pensionnat a été fermé en 1996. Il y en avait 139 au pays, dont une dizaine au Québec.

Le processus de réconciliation s'échelonnera sur plusieurs générations, précisent des intervenants.

En 2008, le premier ministre Stephen Harper avait présenté les excuses du gouvernement pour le traitement des enfants dans les pensionnats qualifié de «triste chapitre» de l'histoire du Canada.

Selon le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, les excuses du gouvernement fédéral seront «sans signification sans action».

«Nous voulons la guérison, nous voulons la paix, nous voulons la justice ainsi que la qualité de vie que nous méritons tous», a précisé le chef Bellegarde, reconnaissant que des progrès ont été réalisés au cours des dernières années en matière de réconciliation.

Le premier ministre Harper s'est entretenu avec les commissaires à Ottawa en après-midi, mardi. La discussion a été qualifiée de «franche et ouverte» par le juge Sinclair.

«Il était ouvert à l'écoute de certaines de nos préoccupations, et s'est informé de nos recommandations, a indiqué M. Sinclair. Je demeure préoccupé par le fait que le gouvernement résiste l'adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.»

Une offre pour continuer la conversation a été présentée à M. Harper
par les commissaires de la CVR.

 

Mulcair et Trudeau veulent des actions concrètes

 

Le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, dit qu'il faut éviter que le rapport Sinclair sur les pensionnats autochtones accumule la poussière comme ce fut le cas, a-t-il souligné, avec le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones au milieu des années 1990.

«Il faut commencer à trouver des voies pour l'avenir. Sept générations de jeunes des Premières Nations ont souffert des tragédies des pensionnats autochtones. Nous devons travailler vers l'avenir», a indiqué le chef du NPD, pensant notamment aux projets de développement économique et à l'environnement.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin, Trudeau, a de son côté précisé que son parti accepte les 94 recommandations du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, «et s'engage, aujourd'hui, à les mettre en oeuvre».