La moitié des jeunes en foyer d’accueil est autochtone

Par Le Devoir | juil. 23, 2015
Près de la moitié (48 %) des 30 000 enfants et adolescents en foyer d’accueil au pays est issue des communautés autochtones.

Les provinces et les territoires se préoccupent de la surreprésentation des enfants autochtones dans les services de protection de l’enfance au Canada.

 

Près de la moitié (48 %) des 30 000 enfants et adolescents en foyer d’accueil au pays est issue des communautés autochtones. Pourtant, les Premières Nations, les métis et les Inuits — tous confondus — ne forment que 4,3 % de la population canadienne, selon Statistique Canada. Une situation qui n’est pas étrangère à l’épisode douloureux des pensionnats autochtones.

 

Au Québec, les enfants autochtones confiés au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) sont cinq fois plus nombreux que les non-autochtones, considérant leur poids démographique. En effet, 10 % des enfants confiés aux services sociaux sont autochtones. Cependant, à peine 2 % des enfants québécois sont autochtones.

 

Interpellés par ces statistiques alarmantes, les chefs de gouvernement provinciaux et territoriaux ont commandé il y a près d’un an un rapport consistant à identifier les causes profondes de la négligence et de la violence faites aux enfants dans les communautés autochtones en plus d’esquisser des stratégies de prévention et d’intervention. Le document « Bien-être des enfants autochtones » a été dévoilé lors du Conseil de la fédération, qui s’est tenu la semaine dernière à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador.

 

La négligence — le défaut d’agir dans l’intérêt premier de l’enfant et posant un risque de préjudice au fil du temps — est le principal motif de prise en charge des enfants autochtones par les services sociaux, soit plus que les sévices — des actes délibérés et violents qui s’accompagnent d’un risque immédiat pour le bien-être de l’enfant, précise-t-on d’emblée dans le document de 60 pages.

 

Les cas de négligence sont plus nombreux dans des familles engluées dans la pauvreté, l’abus d’alcool et de drogues, l’isolement social et la violence conjugale. « [Ces facteurs] peuvent affecter la capacité de ces personnes à répondre aux besoins physiques et psychosociaux de base des enfants dont elles ont la charge », souligne l’Assemblée des Premières Nations (APN) dans le rapport « Kiskisik Awasisak : n’oublions pas les enfants » cité par le Groupe de travail sur le bien-être des enfants autochtones.

 

Selon les auteurs du document « Bien-être des enfants autochtones », « les familles autochtones courent plus de risques de vivre dans des logements en deçà des normes d’habitation, de combattre des problèmes de toxicomanie, de connaître de l’insécurité alimentaire, de former une famille monoparentale, de manquer de soutien familial et de soutien d’autres sources et de ne pas avoir suffisamment de compétences, d’instruction et de possibilités de développement économique pour devenir autosuffisantes ».

 

Parents sans repères

 

Cela dit, les problèmes auxquels sont confrontées les familles autochtones sont « intimement liés » au « déracinement » de dizaines et de dizaines de milliers d’enfants autochtones sur plus d’un siècle, font-ils valoir, ayant sans doute en tête les conclusions de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). En juin, la CVR avait conclu que le Canada « a participé à un génocide culturel » en mettant de force pas moins de 150 000 jeunes autochtones dans des pensionnats pour « sortir l’Indien » d’eux.

 

En effet, la surreprésentation des enfants autochtones dans les services de protection de l’enfance est ni plus ni moins qu’« un prolongement d’un modèle historique de retrait des enfants des Premières Nations de leur milieu de vie », indique l’APN. L’envoi systématique d’enfants autochtones dans des pensionnats ou en adoption dans des familles non autochtones a privé les exilés de force de l’influence des traditions et de la culture de leur communauté, tout en provoquant à la longue le démembrement de ces mêmes communautés autochtones.

 

Le groupe de travail esquisse quelques pistes d’intervention, notamment l’intensification de la lutte contre la pauvreté affligeant les Premières Nations, les métis et les Inuits, le renforcement des programmes de réadaptation pour alcooliques et toxicomanes ou encore des programmes visant à réduire la violence familiale. « Il est essentiel de s’attaquer aux “ causes profondes ” de la négligence afin de réduire le nombre d’enfants autochtones pris en charge par les systèmes de protection de l’enfance », plaide-t-il.

 

La protection de l’enfance au Canada est de compétence provinciale et territoriale, conviennent les premiers ministres des provinces et des territoires. Néanmoins, le gouvernement fédéral a la responsabilité fiduciaire d’offrir un « large éventail de services » aux Canadiens autochtones, rappellent-ils, jugeant « préoccupant que le gouvernement fédéral n’ait pas donné de réponse officielle à l’invitation à participer à [leurs] travaux ». Le manque d’engagement du gouvernement fédéral à respecter ses obligations envers les peuples autochtones qui ne vivent pas dans les réserves, ajouté aux problèmes associés aux formules de financement variées pour les services dans les réserves, demeure préoccupant, soutiennent-ils à moins de trois mois de l’élection fédérale.