Bâtir des relations entre Autochtones et non-autochtones

Par Chantal Cleary | nov. 18, 2015
Lors du forum Tous pour eux, une allocution d’ouverture a fait beaucoup parler. Celle de Deborah Delisle, directrice du centre Step by Step Child and Family et Mohawk de Kahnawake.

La conférence a été tout d’abord exprimée par une aînée de la communauté, en iroquois, une langue ancestrale du peuple mohawk. Ensuite, Mme Delisle a parlé en anglais. Avec la permission de Mme Delisle, Planète F reproduit cette conférence : un appel à bâtir des relations entre les Autochtones et les non-autochtones pour un meilleur dialogue et une meilleure compréhension entre les peuples.

Le forum Tous pour eux rassemblait plus de 550 représentants des 3000 partenaires de l’organisme Avenir d’enfants, un programme de la Fondation Chagnon. Pendant deux jours, les participants à ce forum ont discuté des trois grands axes du programme : Agir tôt, Agir auprès des familles défavorisées et Agir durablement et ensemble.

Réponse des partenaires autochtones au forum Tous pour eux

Je siège au comité consultatif régional pour la petite enfance de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador. Je connais les grands progrès que nos communautés ont faits avec autant ou aussi peu de moyens dont nous disposons. Je voudrais profiter de cette occasion pour remercier Avenir d’enfants et la Fondation Chagnon pour leur soutien.

Toute personne en position de direction doit être mise au courant des réalités des communautés autochtones et en particulier de la « diversité » qui existe entre les communautés autochtones.

Lors d’une présentation le lundi 2 novembre sur la gouvernance associée, trois questions ont été identifiées concernant l’objectif de la gouvernance.

Pourquoi y a-t-il nécessité d’une sensibilisation des communautés autochtones ?

Parce que la réalité des peuples autochtones est que nous avons été et sommes toujours touchés par l’Histoire.

(Remarque : Nous ne devons pas entrer dans les détails à propos de l’histoire, mais la plupart d’entre nous, sinon nous tous ici pouvons nous y rapporter.)

Que pouvons-nous faire ?

Nous devons travailler ensemble. Les Autochtones et les non-autochtones doivent reconnaître, comprendre, respecter et avoir confiance dans nos relations, non seulement grâce à des efforts de collaboration, mais plus efficacement grâce à des activités de collaboration et des opportunités.

Comment ?

Tout d’abord, permettez-moi de vous raconter une histoire.

Lorsque j’avais 7 ou 8 ans, mon grand-père était sur son lit de mort. Il nous a demandé à mon cousin (qui avait le même âge que moi) et à moi d’aller le voir. Il nous a demandé ce que nous avions appris à l’école ce jour-là. Nous avons répondu comme à l’habitude : la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Il a demandé si nous avions appris le français. Nous avons répondu que nous avions appris une chanson, Frère Jacques. Il nous a demandé de chanter, ce que nous avons fait. 

Une larme a coulé de ses yeux sur l’oreiller. Il nous a dit de continuer à apprendre tout ce que nous pouvions sur les gens autour de nous afin d’éviter qu’on parle dans notre dos. À l’âge de 7 ans, je n’avais pas réellement compris cette affirmation. C’est seulement lorsque j’ai grandi que je me suis mise à réfléchir à ses paroles et à leur pertinence dans certaines situations.

J’ai vécu une de ces situations en septembre dernier, lors d’une convocation à Bretton Woods au New Hampshire à propos de notre dette basée sur le système monétaire. J’ai dû faire face à mon passé et à l’histoire de mes ancêtres, comme il y a 400 ans lorsque mes ancêtres se tenaient sur le rivage et que des gens sont arrivés par la grande mer salée. Ces personnes ont été accueillies à bras ouverts et le reste est de l’histoire.

Aujourd’hui, je me tiens ici devant vous, 400 ans plus tard, pour accueillir le développement de relations renouvelées. La différence : j’ai appris à vous voir dans la même lumière que vous vous voyez, à vous entendre et à comprendre votre langue, et à parler au même niveau que vous. La leçon de mon grand-père a été apprise.

 

Maintenant, comment pouvons-nous développer des relations renouvelées ?

Les Autochtones ont besoin de réfléchir, de comprendre, et d’accepter leur passé. Pardonner et regarder en avant.

Les non-autochtones doivent reconnaître et comprendre les peuples autochtones et les respecter en tant que premiers peuples de ce territoire.

Les Autochtones et les non-autochtones, nous avons besoin de nous réconcilier avec le passé en essuyant les larmes de nos yeux afin que nous puissions commencer à y voir plus clair, en ouvrant nos oreilles afin que nous puissions entendre et écouter mieux, et en nous raclant la gorge afin que nous puissions parler clairement.

De cette façon, nous développerons des relations basées sur l’honnêteté, la confiance et le respect.

 

Nia : wenkowa, Merci, Thank you 

Deborah Delisle — Mohawk de Kahnawake

3 novembre 2015