Un volet québécois pour l’enquête sur les femmes autochtones est exigé

Par Chantal Cleary | déc. 15, 2015
Les enquêtes se font toujours en anglais, souligne la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel (premier plan), une Innue de Maliotenam, où la langue seconde est le français.

L’enquête nationale sur les disparitions et les assassinats de femmes autochtones devra contenir une sous-commission dédiée exclusivement à la problématique telle qu’elle est vécue au Québec, a exigé lundi le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en marge du dévoilement de l’enquête de Femmes autochtones du Québec (FAQ) sur la question.

 

De passage à Kahnawake, où FAQ a dévoilé un rapport qui fait état de la violence et de la méfiance qui règnent au sein des communautés autochtones de la province, M. Picard a insisté sur l’unicité du Québec. « Nous sommes une des seules provinces où le français est la langue seconde chez des membres des Premières Nations, a-t-il souligné. Notre situation est aussi unique en raison de notre Code civil, et cela peut influencer certaines questions quand il faut traiter des cas des femmes assassinées ou disparues. »

 

La présidente de FAQ, Viviane Michel, est du même avis. « Les enquêtes se font toujours en anglais », a souligné l’Innue de Maliotenam, où la langue seconde est… le français. Surtout, l’enquête de son organisme établit une définition du terme « disparition » qui englobe le départ de nombreux enfants dont les familles ont été « ciblées » par la Direction de la protection de la jeunesse. Ces jeunes, placés en famille d’accueil en vertu de critères d’évaluation qui ne sont pas adaptés aux réalités autochtones, selon certains des 62 intervenants interviewés sur une période de 18 mois, deviennent parfois des « disparus » aux yeux des leurs. Un peu comme l’étaient les enfants qui étaient envoyés dans les pensionnats, a remarqué FAQ.

 

Une idée « intéressante », selon le ministre Kelley

 

« Si on peut avoir un volet qui peut regarder la situation au Québec, je pense que c’est souhaitable », a aussi réagi le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, en rappelant que la forme que prendra l’enquête fédérale n’a pas encore été déterminée. « Je trouve l’idée intéressante. Au Québec, il y a plusieurs réalités autochtones, notamment en raison de la présence ou de l’absence de traités comme la Convention de la Baie-James. »

 

La ministre fédérale des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, s’est auparavant dite ouverte à la création d’un maximum de cinq sous-commissions liées à la commission nationale d’enquête.

 

Elle a cependant insisté sur l’importance d’associer les familles au processus de mise en place de la grande enquête, que les libéraux promettaient déjà en campagne électorale.

 

« C’est une belle occasion de donner une voix aux familles, enfin », a d’ailleurs souligné Viviane Michel quand on lui a demandé de dresser un bilan de l’enquête de son organisme. « C’est important qu’elles aient la chance ou l’opportunité de parler de leurs démarches, de dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, puis de formuler des recommandations. »

 

À ce sujet, FAQ a déjà annoncé qu’une partie des recommandations émanant de son rapport, qui seront présentées à la fin janvier, s’adresseront à Québec et à Ottawa.

 

« L’objectif à moyen terme, c’est la prévention, et elles [les femmes de FAQ] ont bien dit qu’on doit le faire ensemble », a déjà retenu le ministre Kelley, qui identifie la réhabilitation du lien de confiance et du sentiment de sécurité chez les femmes autochtones comme une priorité. « Il ne faut pas que ce soit juste la police, juste le gouvernement, les services sociaux ou les communautés : il faut que ce soit une coordination des efforts de tout le monde. »