De futurs médecins: sources d'espoir pour les jeunes Autochtones

Par Chantal Cleary | oct. 11, 2016
Geneviève Lavoie et Pascale Ouellet-Dufour sont étudiantes en première année de médecine à l'UQAC.
Geneviève Lavoie et Pascale Ouellet-Dufour sont étudiantes en première année de médecine à l'UQAC.   Photo : Radio-Canada/Catherine Paradis

Il y a des étoiles dans les yeux de Geneviève Lavoie et Pascale Ouellet-Dufour quand elles parlent de leurs racines autochtones. Originaires de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean, les étudiantes de 20 ans et 26 ans font partie des cinq jeunes Autochtones admis en médecine au Québec cette année.

Un reportage de Catherine ParadisTwitterCourriel

Même si elles ne sont qu'en première année du programme de médecine de l'Université de Sherbrooke à Saguenay, Geneviève et Pascale ont déjà l'intention d'exercer la médecine près des leurs.

C'est une fierté personnelle, puis aussi, on va pouvoir en plus redonner à notre communauté alors c'est vraiment génial.

Pascale Ouellet-Dufour, étudiante
Les étudiants en médecine assistent à des cours par visioconférence de l'Université de Sherbrooke.
Les étudiants en médecine assistent à des cours par visioconférence de l'Université de Sherbrooke.   Photo : Radio-Canada/Catherine Paradis

Depuis 2008, le programme de formation de médecins des Premières Nations et des Inuits au Québec (PFMPNIQ) facilite le succès des Autochtones qui poursuivent des études médicales.

Quatre places sont ainsi réservées à des membres des Premières Nations dans les facultés de médecine chaque année.

Discrimination positive, oui, mais qui maintient le niveau d'excellence scolaire requis pour les apprentis docteurs.

« On doit faire le processus d'admission et le parcours scolaire comme n'importe quel autre élève qui veut s'inscrire en médecine. C'est juste que nous on va cocher le contingent autochtone pour rentrer dans le programme de médecine », explique Geneviève Lavoie.

Ce n'est pas un programme de médecine à rabais, c'est très exigeant.

Sharon Hatcher, doyenne associée de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Pour accéder au processus d'admission du PFMPNIQ, une personne qui se déclare Autochtone doit avoir une cote R minimale de 28 à la fin de ses études collégiales.

Critères d'admission PFMPNIQ

  1. Cote R
  2. Note autobiographique ou lettre de motivation
  3. Entrevue avec des représentants autochtones et universitaires
  4. Mini-entrevues multiples (MEM)

Critères d'admission - étudiants réguliers

  1. Cote R
  2. Mini-entrevues multiples (MEM)

 

Depuis la mise en place du programme, 36 jeunes Autochtones ont été formés ou poursuivent leur formation en médecine au Québec, dont sept à Saguenay.

Pour consulter le graphique sur un appareil mobile, cliquez ici

Une fois admis, les membres des Premières Nations bénéficient de mentorat pour la durée de leurs études. Deux étudiants travaillent aujourd'hui comme médecin auprès de communautés autochtones des régions de Lanaudière et de la Côte-Nord.

La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador prévoit que d'ici 2022, le nombre total de médecins autochtones passera de 11 à 41 au Québec.

La route vers la réussite scolaire

Pascale Dufour-Ouellet et Geneviève Lavoie ont eu la chance d'être encadrées vers la réussite scolaire. C'est loin d'être le cas de tous les jeunes Autochtones qui vivent actuellement dans les communautés. Elles en sont conscientes et les universités aussi. Les facultés de médecine travaillent d'ailleurs en amont avec les jeunes des Premières Nations.

Les jeunes Autochtones qui sont admis en médecine à l'UdeS se voient ensuite offrir de suivre leur formation au site de Saguenay.

Si on regarde les communautés francophones innues du Nord-Est du Québec, je pense que c'est notre site qui est en mesure de répondre beaucoup à leurs besoins, comparé justement d'étudier à Montréal par exemple.

Sharon Hatcher, doyenne associée, Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Sur les traces de Stanley Vollant

La formation des Autochtones dans le milieu de la santé vise à renverser un historique de spécialistes blancs qui vont et viennent dans les communautés.

Quand le docteur Vollant était à Pessamit, j'étais déjà allé le visiter. Il y avait quasiment un line-up, une ligne d'attente à la clinique et ça, c'était quand même assez surprenant.

Marco Bacon, directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l'UQAC.

Stanley Vollant, un Innu de Pessamit sur la Côte-Nord, a été le premier Autochtone à avoir été admis dans une faculté de médecine au Québec. Il est émerveillé de voir pousser les fruits de ce qu'il a semé.

Stanley Vollant

Je me sentais comme un don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent.

Stanley Vollant, chirurgien originaire de Pessamit

« Il était le seul à porter le flambeau, mais aujourd'hui on va pouvoir dire qu'il peut transmettre le flambeau à d'autres médecins autochtones qui peuvent poursuivre cette cause-là d'avoir plus de médecins dans les communautés », fait remarquer Marco Bacon, directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l'UQAC.

Sentez-vous que vous portez le flambeau de Stanley Vollant ?

« Oui tout à fait. C'est une belle relève qu'on soit un petit groupe de médecins qui provient des communautés, c'est une belle relève pour Stanley, et pour assurer la continuité des soins dans les communautés aussi », confie Pascale Ouellet-Dufour.

« C'est super positif parce qu'on éveille l'intérêt de nos confrères qui sont avec nous en santé pour s'en aller plus vers des aspects autochtones ou du moins de comprendre la réalité et c'est vraiment positif », d'ajouter Geneviève Lavoie.