Des médecins du Nord dénoncent le traitement inégal des patients autochtones

Par Chantal Cleary | oct. 11, 2016
Publié le lundi 10 octobre 2016 à 15 h 46
Dr Michael Kirlew
Dr Michael Kirlew   Photo : CBC

Des médecins tirent la sonnette d'alarme : Santé Canada ne protège pas adéquatement, à leur avis, les renseignements sur la santé des patients autochtones.

Une vingtaine d'entre eux comptent arrêter de suivre les directives de Santé Canada à partir de mardi.

Depuis plusieurs années, les médecins qui prodiguent des soins aux membres des Premières Nations dans les réserves éloignées doivent fournir aux fonctionnaires de Santé Canada des informations de diagnostics détaillés à propos de leurs patients, afin que ces derniers puissent obtenir des remboursements de frais de voyage.

Les médecins disent que c'est une invasion de la vie privée et que cela mène à des situations problématiques, où des commis de Santé Canada peuvent refuser l'accès à des soins.

Je n'aime pas le fait qu'il y ait une liste à Ottawa avec le nom de tous les membres des Premières Nations qui ont des problèmes de santé.

Mike Kirlew, médecin, Sioux Lookout

Santé Canada exige des informations

Santé Canada demande toutes ces informations en vertu du programme fédéral des prestations de santé pour les gens non assurés. Ce programme couvre entre autres les membres des Premières Nations pour les médicaments, les soins dentaires, les soins de la vue et d'autres avantages sociaux qui ne sont pas couverts par les régimes de soins de santé provinciaux. 

Selon le Dr Kirlew, des fonctionnaires de Santé Canada demandent régulièrement des renseignements sur la santé des malades, lorsque celui-ci fait la demande pour qu'un de ses patients puisse se déplacer pour rencontrer un spécialiste ou subir un examen médical.

Les patients que le Dr Kirlew et les autres médecins soignent vivent dans des communautés isolées, où il n'y a ni hôpital ni médecin résident. Leur refuser un déplacement, c'est leur refuser l'accès à des soins, dit-il.

Le groupe de médecins du Nord a écrit à la ministre de la Santé du Canada, Jane Philpott, le 30 septembre pour exprimer des inquiétudes. Ils affirment dans cette lettre qu'ils vont cesser de suivre les directives de Santé Canada dès le 11 octobre.

Santé Canada est responsable des soins de santé des membres des Premières Nations qui vivent dans les réserves en Ontario.

Normalement, seule la signature d'un médecin est requise pour ce type de voyage pour les patients couverts par l'assurance-maladie en Ontario. Toutefois, l'indemnité provinciale ne couvre pas les coûts du transport en avion à partir des réserves éloignées.

Deux poids, deux mesures

Il y a aussi inégalité au chapitre du remboursement des médicaments d'ordonnance, d'après le Dr Kirlew. Santé Canada a besoin de plus d'informations privées que le système provincial.

Le cœur du problème, selon les médecins du Nord, c'est que les membres des Premières Nations sont moins bien protégés par la Loi sur la protection des renseignements personnels que les Ontariens ne le sont par la Loi sur la protection des renseignements personnels sur la santé de la province. 

Le député fédéral de Timmins-James Bay, le néo-démocrate Charlie Angus, a d'ailleurs écrit une lettre au commissaire à la protection de la vie privée du Canada, jeudi dernier, dénonçant cette situation.

C'est inconcevable d'avoir une situation comme celle-ci où il peut y avoir de l'interférence dans la relation entre un médecin et un patient parce qu'un fonctionnaire à Ottawa pourrait décider qu'il veut économiser de l'argent et ainsi refuser un traitement.

Charlie Angus, député fédéral néo-démocrate, Timmins-James Bay

Pour le Dr Kirlew et le député Angus, ce n'est qu'un autre exemple de la discrimination envers les peuples autochtones.

Une porte-parole de la ministre de la Santé dit qu'elle est au courant des inquiétudes des médecins et que du travail est fait à ce sujet.

Avec les informations de CBC.