Réactions au rapport du coroner sur la vague de suicides chez les Innus

Par Chantal Cleary | janv. 18, 2017
Radio-Canada

Les réactions fusent à la suite du rapport du coroner Bernard Lefrançois sur les cinq suicides survenus en 2015 dans la communauté innue de Uashat-Maliotenam. La ministre provinciale déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, n'a certainement pas l'intention de laisser le rapport en plan.

Un texte de Louis Garneau

La ministre se dit interpellée par la quarantaine de recommandations de ce rapport, qu'elle a commandé.

Elle prend acte des ravages causés par les drogues, qui ont contribué à l'état dépressif des cinq personnes suicidaires.

C'est la pointe de l'iceberg, le mal d'être est avant ça. Alors, il faut qu'on donne espoir à ces gens-là. Il faut que les services soient capables de les aider.

Lucie Charlebois, ministre responsable de la Santé publique du Québec
La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, à Québec
La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois Photo : Radio-Canada

Lucie Charlebois prend la balle au bond quand la communauté innue suggère une table commune avec le ministère fédéral de la Santé. « Je voulais proposer une table de travail où nous allions nous asseoir, toutes les parties pour, justement, faire en sorte que plus personne ne puisse passer, en tout cas le moins possible, entre les mailles du filet. »

Les services de première ligne doivent être améliorés pour les personnes en état de crise, qui sont les plus vulnérables, dit-elle. La ministre a également l'intention d'intervenir en amont, après une réunion de coordination avec ses collègues d'autres ministères.

Il faut qu'on mette nos efforts ensemble. Vous savez, mon collègue Geoff Kelley, il travaille sur un plan d'action sociale qui va être destiné aux Autochtones de l'ensemble du Québec.

Lucie Charlebois, ministre responsable de la Santé publique du Québec

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord, de son côté, prend acte des recommandations du coroner pour venir en aide aux personnes en détresse.

Le conseiller-cadre du CISSS à la liaison autochtone, Dale Walker, assure que l'établissement de Sept-Îles essaie d'améliorer la communication avec la clientèle autochtone et de renforcer ses liens avec son partenaire autochtone, le Centre de santé Uauitshitun.

C'est sûr que ça pourrait être complémentaire aux services d'urgence, exemple, au CISSS aussi, le service de psychiatrie. Donc, je pense que plus on a de ressources, pour venir compléter l'offre de services, ce serait drôlement intéressant, oui.

Dale Walker, conseiller-cadre du CISSS à la liaison autochtone

Dale Walker favorise également l'implantation d'une ressource d'hébergement autochtone pour aider les personnes en détresse.

Il estime que le CISSS pourrait traduire certains formulaires en langue innue et naskapie, pour faciliter la compréhension des patients, même si le centre offre déjà un service d'interprète.

Des Innus assistent au dévoilement du rapport du coroner.
Des Innus assistent au dévoilement du rapport du coroner. Photo : Radio-Canada/Benoît Jobin

Dans son rapport, le coroner Lefrançois estime que les Autochtones au Canada vivent dans une structure proche de l'apartheid depuis déjà 150 ans.

Cette notion d'apartheid a d'ailleurs attiré l'attention du quotidien français Le Monde.