Des travailleurs sociaux réclament plus de moyens pour les enfants autochtones retirés de leur famille

Par Chantal Cleary | janv. 25, 2018

Près de 300 travailleurs sociaux et représentants des provinces sont réunis d'urgence à Ottawa afin de tirer la sonnette d'alarme sur le grand nombre d'enfants autochtones placés sous la protection des services sociaux. La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, « parle de crise humanitaire » et les travailleurs sociaux espèrent obtenir davantage de financement.

La réunion a été organisée en novembre dernier par la ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, dans le but de proposer un plan pour contrer le nombre grandissant d'enfants retirés de leur famille. Selon la ministre, ce chiffre est un des plus élevés du monde.

Le directeur général de l'agence des services d'aide à l'enfant et à la famille du Manitoba de Sandy Bay, Richard De La Ronde, est heureux d'avoir été invité à prendre part aux discussions avec des dirigeants de ce niveau, après 18 ans de carrière. Il estime qu'un modèle de financement plus flexible pourrait réduire de façon draconienne le nombre d'enfants confiés aux services sociaux.

« Depuis toujours, les modèles de prestation de services, les politiques, tout ça nous a été transmis sans véritable dialogue. C'est rafraîchissant pour moi, en tant que directeur général, de prendre part à cette discussion », a-t-il déclaré.

Le gouvernement fédéral, dont relèvent les services de protection de l'enfance dans les réserves, veut déléguer la prestation de services de bien-être à l'enfance aux organisations autochtones dans le but de favoriser l'autogouvernance.

Richard De La Ronde, qui a rencontré Mme Philpott il y a un mois avec Scott Fielding, ministre des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba, et Jerry Daniels, grand chef de l'organisation autochtone Southern Chiefs, affirme que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer pour réduire le nombre d'enfants pris en charge en abordant les problèmes socioéconomiques tels que la pauvreté, le chômage et le logement.

Les Autochtones représentent 17 % de la population manitobaine, mais les enfants autochtones sont surreprésentés au sein des services sociaux, puisqu'ils constituent près de 90 % des 10 700 enfants pris en charge par la province.

Richard De La Ronde aimerait que le gouvernement fédéral adopte un modèle de financement semblable à celui utilisé par le gouvernement du Manitoba, qui accorde un financement global aux organismes de protection de l'enfance plutôt que de les payer en fonction du nombre d'enfants pris en charge.

Mardi, Richard De La Ronde a reçu un courriel d'un employé des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba demandant l'autorisation de donner 425 $ à une mère de deux enfants qui avait besoin d'aide pour payer un dépôt de garantie dans un appartement. Sans cet argent, les enfants de la femme auraient pu être retirés de sa garde.

La charge de travail des travailleurs sociaux est également une préoccupation majeure, a poursuivi Richard De La Ronde. À Sandy Bay, le nombre de dossiers a diminué de plus de 50 % au cours des trois dernières années, passant d'environ 600 à environ 250 dossiers.

M. De La Ronde a indiqué que ses récentes discussions avec des représentants fédéraux indiquaient qu'ils pourraient aller dans la même direction que la province, bien que la ministre Philpott ait exprimé des préoccupations au sujet de certains plans de la province pour réformer le système de protection de l'enfance.

Plus précisément, elle a dit que des mesures incitatives visant à encourager les familles non autochtones à adopter des enfants des Premières Nations devraient être évitées.

Un bébé enveloppé dans une couverture est couché sur un lit, avec sa mère à l'arrière.
Parmi les enfants autochtones, 38 % vivent dans la pauvreté, comparativement à 7 % des enfants au Canada.   
Photo : François Pesant

Mary Burton défend les familles qui font affaire avec les services sociaux de la province du Manitoba au sein du groupe Fearless R2W, un nom faisant référence au code postal des quartiers de St. John's et de North Point Douglas, à Winnipeg, où le groupe travaille à offrir de l'information et des solutions de rechange aux familles.

Elle estime qu'il est possible d'en faire davantage pour soutenir directement les familles afin d'éviter que leurs enfants ne leur soient retirés.

« Le problème est qu'avec le taux de pauvreté et l'aide à l'emploi actuels, ces parents ne peuvent pas se permettre d'avoir une maison ou une chambre de la taille exigée par la loi », constate-t-elle.

Selon elle, Ottawa devrait donner plus de contrôle aux Premières Nations en ce qui concerne les services sociaux.

Dans un communiqué publié mardi, la grande chef des Premières Nations du Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), Sheila North, a estimé que le gouvernement fédéral devait combler le déficit de financement pour les enfants des Premières Nations placés sous la protection des services sociaux dans les réserves et hors des réserves.

Murray Sinclair
Murray Sinclair, sénateur et président de la Commission de vérité et réconciliation du Canada Photo : La Presse canadienne/Adrian Wyld

Le sénateur indépendant Murray Sinclair répète qu'il est temps d'agir.

« La chose la plus importante à l'heure actuelle est de faire en sorte que les parties qui s'occupent de la protection de l'enfance au Canada commencent à faire quelque chose », a-t-il dit dans un récent entretien. Elles sont pour l'instant « paralysées, estimant que la charge de travail est trop grande et qu'elles ne sont pas en mesure d'élaborer un type de résolution appropriée ».