Des disparités en santé entre Autochtones des villes et des communautés au Québec

Par Chantal Cleary | juil. 12, 2018

Vivre à proximité d'un grand centre ou dans une communauté éloignée fait toute la différence en matière de santé chez les Premières Nations, constate-t-on en consultant la troisième phase de l'Enquête régionale sur la santé des Premières Nations dévoilée mercredi à Québec.

Un texte d'Anne-Marie Yvon

Plus de 3 000 répondants provenant de 21 communautés issues de huit nations du Québec ont participé à cette enquête, conçue et réalisée par et pour les Premières Nations, et qui constitue depuis 1997 une référence pour ces dernières.

On y apprend que si la prévalence de la plupart des problèmes de santé chroniques est restée stable depuis la première phase de cette enquête réalisée en 2002, on constate que l’obésité touche de plus en plus de monde et particulièrement les personnes qui résident dans les zones 2, 3 et 4. Ces zones se situent à plus de 50 km d’une région urbaine en ce qui concerne la zone 2. La zone 4 désigne une région à l’accès difficile, sans route.

Dans ces régions plus éloignées, en moyenne 54 % des résidents sont obèses, peut-on lire dans le rapport, comparativement à une moyenne de 39 % en milieu urbain.

Les enfants obèses sont aussi de plus en plus nombreux : leur proportion est passée de 34 % à 44 % depuis la deuxième phase de l’enquête en 2008. La proportion a doublé en ce qui concerne les adolescents, passant de 14 % à 28 %. Elle est aussi en hausse chez les adultes et touche particulièrement les femmes : environ une sur deux serait désormais obèse.

Surpoids et diabète

Le pourcentage de personnes diabétiques est resté plutôt stable au cours des dernières années, épargnant les enfants et les adolescents. Le diabète de type 2 demeure rare chez les jeunes adultes, mais c’est une tout autre histoire pour les adultes d’âge moyen, chez lesquels une personne sur quatre est maintenant touchée. Chez les aînés, la proportion de diabétiques est de deux personnes sur cinq.

L'Enquête régionale sur la santé nous apprend aussi que 10 % des adultes disent ne pas avoir reçu tous les soins nécessaires au cours de la dernière année. Les personnes vivant en dehors des zones urbaines sont aussi plus nombreuses à souligner que leurs besoins n’avaient pas tous été satisfaits.

L’accessibilité et l’utilisation des services de santé sont des enjeux importants et préoccupants, peut-on lire dans le rapport, et ce, « à la lumière du fardeau élevé de nombreuses problématiques de santé au sein de la population des Premières Nations au Québec. » Outre leur accessibilité, les services de santé doivent aussi être adéquats sur le plan culturel.

Un long bâtiment à deux étages
Le Centre de santé et de services sociaux Uauitshitun, à Uashat Photo : Radio-Canada/Katy Larouche

La santé en éducation...

« Il est aujourd’hui crucial pour le mieux-être des Premières Nations que le système scolaire accorde à la culture et à l’identité la place qui leur revient », précise l’enquête, après avoir constaté les difficultés scolaires de nombreuses personnes interrogées.

Le rapport mentionne le passé de marginalisation et de stigmatisation des Premières Nations par le système scolaire canadien et les difficultés engendrées aujourd’hui encore pour bien des jeunes adultes par l’éloignement.

… et en emploi

Une autre constatation contenue dans le rapport de l'Enquête régionale sur la santé des Premières Nations touche au travail et au revenu qui en découle. Les adultes occupant un emploi ont une meilleure perception de leur état de santé. Sachant que plus de quatre adultes sur dix font partie d'un ménage vivant sous le seuil de faible revenu, on mise sur le développement et la croissance économique sur le territoire des Premières Nations pour changer la donne.

Autres faits saillants révélés par l'Enquête régionale sur la santé des Premières Nations

  • 50 % des adultes ont indiqué exercer une activité pour laquelle ils sont rémunérés;
  • Plus d’un adulte sur cinq vit en situation d’insécurité alimentaire;
  • 23 % des enfants vivent dans un logement surpeuplé;
  • 59 % des adolescents et 60 % des aînés ne boivent pas d’alcool;
  • 50 % des jeunes adultes de 18-34 ans et 23 % des adolescents boivent de manière excessive;
  • 37 % des 12 ans et plus fument;
  • 62 % de la population ne consomme pas quotidiennement de fruits, de légumes, de produits céréaliers, de viande ou de substituts et de lait ou de substituts;
  • Les enfants sont plus susceptibles de manger chaque jour tous ces aliments que le reste de la population.