Les déterminants sociaux de la santé, ça vous dit quelque chose?

Par CSSSPNQL | juin 03, 2020
Que cela soit dans les publications de la CSSSPNQL ou dans celles d’autres organisations autochtones, lorsque l’on parle de l’état de santé des Premières Nations, il est courant de spécifier la santé et ses déterminants sociaux…



Mais qu’est-ce au juste un déterminant social? Est-ce mauvais pour la santé? Est-ce une fatalité? Rien de tout cela, pourrait-on dire, car les déterminants sociaux peuvent influencer aussi bien négativement que positivement la santé des populations. De même, il est possible d’agir sur ces sources d’inégalités sociales ou d’iniquités de santé en développant des politiques sociales, en améliorant les conditions de vie ou en renforçant les capacités d’agir individuelles et collectives. 

Que désigne-t-on par déterminants sociaux? Selon la définition de l’Organisation mondiale de la Santé, « Les déterminants sociaux de la santé sont les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie ». Par circonstances, on réfère tout autant aux contextes historiques, politiques, économiques et sociaux qu’à l’environnement physique et social dans lesquels s’inscrivent les parcours de vie d’un individu ou d’un groupe social. Les déterminants sociaux sont donc bien plus que des variables selon lesquelles se décline la santé d’un individu. 

Ces déterminants sont dits « sociaux », qu’ils soient aussi bien d’ordre politique, historique, économique qu’organisationnel, car ce n’est pas leur origine en tant que telle qui est sociale, mais avant tout le processus et ses effets sur les trajectoires et les conditions de vie individuelles et collectives. La colonisation a eu ainsi des conséquences néfastes sur la santé et le mieux-être des peuples autochtones en introduisant - au travers des abus, des mesures répressives et des injustices - des mécanismes d’exclusion, de dislocation et de perte identitaire qui sont à l’origine de nombreux problèmes sociaux. C’est aussi pourquoi l’autodétermination ou la culture sont considérées comme d’importants déterminants sociaux de la santé des Premières Nations pouvant contribuer à l’amélioration de la santé et du mieux-être. 

Il est en effet important de s’attaquer aux causes des causes, c’est-à-dire d’agir sur les déterminants à l’origine des iniquités de santé et de ne pas se concentrer uniquement sur les comportements ou les habitudes de vie néfastes pour la santé. L’approche de la santé au moyen des déterminants sociaux s’oppose à la pratique du « victim blaming », qui rend responsables les individus ou les groupes sociaux de leur mauvais état de santé, de leur pauvreté ou de leur marginalisation. 

Outre la culture et l’autodétermination, d’autres déterminants sociaux interagissent également sur la santé et le mieux-être des Premières Nations, comme l’éducation, l’emploi, le revenu, le genre et les rapports sociaux de sexe, le statut social, les habitudes de vie, l’environnement physique (logement, aménagement du territoire) et social (réseaux sociaux, participation sociale) ainsi que le système de services et de soins de santé. Ces déterminants sont bien souvent interreliés : un meilleur niveau d’éducation est souvent associé à un meilleur emploi, à un meilleur revenu, à de meilleures conditions de logement, etc., donc à de meilleures conditions de vie et de résultats de santé. On comprend aussi que la santé et le mieux-être des Premières Nations ne relèvent pas du seul ressort des intervenants en santé, elle dépend aussi de l’engagement et de la collaboration des acteurs impliqués dans plusieurs secteurs d’intervention et à différents niveaux. 

 

Enfin, pour les Premières Nations, cette perspective se conjugue à une conception de la santé et du mieux-être qui leur est propre, où sont intégrés notamment « les façons d’être et les connaissances des Autochtones, y compris les concepts de spiritualité, d’interdépendance et de réciprocité vis-à-vis de la Terre et de toutes les formes de vie, d’autonomie et d’autodétermination ».